Saison des résultats T1 2026 : une résilience supérieure aux attentes, mais un marché devenu beaucoup plus sélectif
La saison des résultats dont le coup d’envoi a été donné en avril 2026 a globalement dépassé les attentes des investisseurs, surtout aux États-Unis et dans une certaine mesure en Europe. Dans un environnement marqué par des tensions géopolitiques persistantes, des coûts de financement encore élevés et des interrogations croissantes sur la dynamique de consommation, les entreprises ont démontré une capacité de résistance supérieure à ce qu’anticipait le consensus en début d’année.
Derrière cette bonne surprise agrégée, la lecture reste toutefois plus nuancée. La croissance des bénéfices demeure fortement concentrée autour de quelques thématiques, au premier rang desquelles
l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, l’énergie et certaines financières, tandis que plusieurs secteurs plus cycliques ou exposés au consommateur continuent d’afficher des signes de fragilité. Surtout, les réactions boursières illustrent un changement important de régime : les investisseurs regardent désormais moins les résultats passés que la qualité des guidances, la visibilité sur les marges et la capacité des entreprises à maintenir leur trajectoire bénéficiaire dans un environnement plus incertain.
États-Unis : une saison exceptionnelle tirée par la technologie
Aux États-Unis, la saison des résultats du S&P 500 a largement dépassé les prévisions. La croissance des bénéfices par action ressort en progression de plus de 28 % sur un an au premier trimestre 2026, contre un consensus de seulement 12 % au 1er avril. Même en excluant les importants gains exceptionnels enregistrés par Amazon, Alphabet et Meta, la croissance des EPS atteint encore 18 %, soit un rythme très supérieur aux attentes initiales.
Le principal moteur de cette dynamique reste l’intelligence artificielle. Les Sept Magnifiques ont tous publié des surprises positives sur leurs résultats, avec des bénéfices supérieurs de plus de 32 % aux attentes des analystes, contre 16,01 % pour l’ensemble du S&P 500. Nvidia continue d’incarner cette dynamique avec une croissance spectaculaire de ses revenus liés aux data centers et aux infrastructures IA. Plus largement, l’ensemble de la chaîne de valeur technologique bénéficie de la poursuite des investissements massifs des hyperscalers dans les capacités de calcul, les semi-conducteurs et les infrastructures cloud.
L’élément notable de cette saison est toutefois l’élargissement de la croissance bénéficiaire au-delà de la seule technologie. Le bénéfice médian des sociétés du S&P 500 progresse de 12 % sur un an, tandis que 64 % des entreprises ont dépassé simultanément les attentes sur les bénéfices et le chiffre d’affaires. Dix des onze secteurs du S&P 500 affichent une progression de leurs résultats, avec une accélération particulièrement marquée dans les technologies de l’information, les services de communication, les matériaux et la consommation discrétionnaire. Même certains acteurs traditionnellement plus défensifs ou exposés à la consommation, comme Costco ou Walmart, ont publié des résultats particulièrement solides malgré un environnement de prix toujours élevé.
Le secteur de la santé constitue la principale exception, avec un recul des bénéfices sur un an. Plusieurs groupes ont souffert de pressions sur les coûts, d’un environnement réglementaire plus exigeant et d’une normalisation progressive de certaines activités post-pandémie.
Europe : une amélioration réelle, mais encore dépendante de quelques secteurs
En Europe, la saison des résultats apparaît plus contrastée mais néanmoins meilleure qu’attendu. La croissance des bénéfices par action ressort à environ +10 % sur un an au premier trimestre, soit largement au-dessus des attentes du consensus qui tablait initialement sur +7 %. Les révisions positives dans les ressources naturelles et l’énergie ont joué un rôle majeur dans cette amélioration, qui reste toutefois relativement concentrée. L’énergie constitue le principal soutien à la croissance bénéficiaire européenne depuis le début de l’année, profitant à la fois de la remontée des prix des matières premières et des revenus de trading générés dans un contexte géopolitique plus tendu. Excluant le secteur énergétique, les bénéfices du STOXX Europe 600 affichent même une légère contraction au premier trimestre selon plusieurs estimations de marché.
Les financières européennes demeurent également parmi les principaux contributeurs positifs de la saison. Les banques bénéficient encore d’un environnement de tauxfavorable, d’une bonne dynamique de revenus nets d’intérêt et d’une discipline persistante sur les coûts. Les résultats du secteur ont globalement dépassé les attentes, même si les investisseurs restent attentifs à l’évolution du coût du risque et à l’impact potentiel d’un ralentissement économique plus marqué au second semestre.
La technologie européenne continue quant à elle de profiter indirectement du cycle d’investissement mondial lié à l’intelligence artificielle. ASML illustre parfaitement cette dynamique, avec une forte progression de ses revenus et une visibilité toujours soutenue grâce aux investissements massifs des acteurs américains et asiatiques dans les semi-conducteurs avancés et les infrastructures IA.
Toutefois, la saison européenne met également en évidence une forte dispersion sectorielle. Les secteurs exposés à la consommation discrétionnaire demeurent sous pression. Le luxe européen, longtemps considéré comme l’un des segments les plus résilients du marché, montre désormais des signes plus visibles de ralentissement. La demande chinoise reste irrégulière, tandis que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont perturbé les flux touristiques et affecté certaines zones de consommation clés.
Les industriels présentent eux aussi un tableau contrasté. Les activités liées à l’électrification, aux infrastructures énergétiques ou aux data centers continuent de bénéficier d’une demande soutenue et de carnets de commandes robustes. À l’inverse, les segments plus cycliques — automobile, construction ou emballage — font face à un ralentissement plus marqué des volumes et des investissements.
Une dispersion croissante entre gagnants structurels et secteurs fragilisés
Au-delà des chiffres agrégés, cette saison des résultats confirme surtout une fragmentation croissante du marché. Les investisseurs distinguent désormais très clairement les entreprises capables de transformer les grandes tendances
structurelles, intelligence artificielle, infrastructures numériques, énergie, électrification, en croissance durable des cash-flows, de celles plus dépendantes d’un cycle économique désormais moins favorable.
Cette distinction est particulièrement visible dans la technologie. Les marchés récompensent fortement les acteurs directement exposés aux dépenses d’infrastructure IA, mais deviennent plus prudents vis-à-vis des entreprises dont les modèles économiques pourraient être perturbés par l’automatisation ou par l’évolution rapide des usages numériques. Les marchés émergents reflètent également cette dispersion. L’Asie du Nord bénéficie pleinement de la dynamique des semi-conducteurs, notamment à Taïwan et en Corée du Sud, tandis que plusieurs marchés exportateurs de matières premières profitent de la remontée des prix de l’énergie. À l’inverse, certains segments de consommation en Chine restent confrontés à des révisions bénéficiaires plus faibles et à une demande domestique encore hésitante.
Des résultats solides, mais des attentes désormais très élevées
Le principal enseignement de cette saison est probablement là : les entreprises ont rassuré sur leur capacité de résistance, mais les marchés deviennent beaucoup plus exigeants. Les simples dépassements de consensus ne suffisent plus nécessairement à soutenir les valorisations. Les investisseurs privilégient désormais la visibilité sur les marges, la discipline sur les coûts, la qualité des bilans et la capacité des entreprises à maintenir une croissance bénéficiaire durable dans un environnement plus complexe.
Pour le deuxième semestre, plusieurs facteurs de vigilance demeurent : l’évolution des tensions géopolitiques, les coûts énergétiques, les effets de change, le ralentissement de certains segments de consommation ainsi que la trajectoire des politiques monétaires. En Europe notamment, près de la moitié des entreprises ont abaissé leurs prévisions de bénéfices 2026 après leurs publications du premier trimestre, signe que les directions restent prudentes malgré des résultats souvent meilleurs qu’attendu.
En résumé, le premier trimestre 2026 a confirmé que les bénéfices des entreprises restent sur une trajectoire de croissance, mais la voie à suivre est plus étroite, plus sélective et de plus en plus tributaire de l’évolution des risques macroéconomiques et géopolitiques au cours du second semestre.
Source : Bloomberg, Factset, Bank of America
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