Actualités des marchés

Nos portefeuilles face au choc Trump : cap, convictions et ajustements

Contexte macroéconomique et géopolitique

Depuis le retour de Donald Trump sur la scène politique, les espoirs d’une politique économique pro-cyclique se sont largement dissipés. Contrairement à son premier mandat, marqué par une baisse des impôts suivie de mesures protectionnistes ciblant la Chine, Trump adopte cette fois une approche inverse, plus brutale et moins structurée.

Dans le prolongement de cette stratégie commerciale, l’exécutif avait envisagé, en lien avec le Département de l’Efficacité gouvernementale (DOGE) un plan de rationalisation des finances publiques. L’objectif : réduire le nombre d’agences et d’employés fédéraux pour générer des économies qui serviraient à financer de nouvelles baisses d’impôts. Cependant, les efforts du DOGE restent en cours et les économies générées sont, à ce stade, difficiles à quantifier et à concrétiser.

En attendant des résultats tangibles, Trump a clarifié son ambition de faire renaître la puissance manufacturière des États-Unis. À travers des hausses tarifaires massives sur les importations, il poursuit deux objectifs : rapatrier les chaînes de production et créer des recettes fiscales pour financer des baisses d’impôts. Ces droits de douane, fixés à des niveaux historiquement élevés (jusqu’à 104 %), reposent sur des hypothèses discutables et déclenchent une guerre commerciale d’ampleur inédite, qui surpasse même les politiques protectionnistes ayant précédé la Grande Dépression.

Face à cette offensive, la Chine a immédiatement riposté de manière symétrique. Le risque d’un effondrement du commerce sino-américain devient réel, et plusieurs autres pays ont également répondu par des mesures similaires. La perspective d’un ralentissement global s’intensifie.

Dans ce contexte, la forte correction des marchés actions – amplifiée par une hausse des taux longs – a contraint l’administration américaine à suspendre l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs pour une période de 90 jours. Une décision saluée par les marchés.

Positionnements dans les portefeuilles

Durant les mois de février et mars, nous avons ajusté nos allocations en opérant un léger retour vers l’Europe. En effet, dans ce climat de tensions commerciales, les États-Unis sont les plus exposés aux effets négatifs : inflation, baisse de la croissance, incertitudes politiques.

De plus, la décision européenne – et notamment allemande – d’augmenter les dépenses de défense et de s’affranchir temporairement de la rigueur budgétaire constitue un levier potentiel de soutien à la croissance. Cela a motivé un premier mouvement tactique vers le secteur de la défense.

Nos anticipations à court et moyen terme

Bien que Trump ait temporairement reculé, il est probable que le sujet des tarifs douaniers refasse surface dans les trois mois à venir. Il n’affronte actuellement aucune opposition significative au sein du Parti républicain, qui reste majoritaire.

Trump prépare également l’opinion publique américaine à accepter un choc économique temporaire, convaincu que ses mesures généreront des bénéfices à moyen terme. Néanmoins, il ne reconnaîtra pas les risques inflationnistes à court terme, ni l’impact potentiel sur la croissance.

Cela étant dit, il reste attentif à l’évolution des marchés financiers. Il pourrait ainsi communiquer prochainement sur des accords commerciaux bilatéraux, et mettre en avant les engagements d’investissement pris par certains grands groupes industriels – qu’ils se concrétisent ou non.

Il est peu probable que la prochaine mesure soit la levée des droits de douane. En revanche, une communication autour d’un plan de baisses d’impôts semble en préparation. Ce type d’annonce pourrait susciter un rebond temporaire des marchés.

À terme, pour éviter un ralentissement mondial plus marqué, il est impératif que les tarifs douaniers américains soient revus à la baisse.

Perspectives de gestion

Nous n’oublions pas que, sur les marchés, la réalité économique finit toujours par l’emporter. Mais les politiques menées par Trump pourraient mettre du temps à se renverser.

Pourquoi alors prendre un tel risque, quand l’histoire montre que les politiques tarifaires aboutissent souvent à l’effet inverse de celui recherché [1]? Sans entrer dans la spéculation, il semble que Trump cherche à quantifier précisément les baisses d’impôts qu’il pourra accorder. Cela expliquerait l’empressement à imposer des droits de douane, permettant de projeter des recettes fiscales plus prévisibles et d’enclencher, via le Congrès, un cycle de réduction fiscale. Toutefois, en raison des affaires judiciaires en cours[2], il devient de plus en plus complexe de justifier la stratégie des douanes. Le report de l’introduction des « tarifs réciproques » de trois mois complique d’autant plus la communication autour des baisses d’impôts à venir.

Stratégie d’allocation dans les semaines à venir

Si un rebond se matérialise, nous adopterons une posture plus prudente, avec une légère sous-pondération des actions et une allocation davantage équilibrée – par zone géographique, par devise, par style de gestion (croissance vs value) et par taille de capitalisation.

Cela se traduira probablement par :

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[1] https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0161893820300430

[2] https://nclalegal.org/press_release/ncla-sues-to-stop-trump-admin-from-imposing-emergency-tariffs-that-congress-never-authorized/