Christiane Hobeica – responsable de la gestion conseillée ODDO BHF Banque Privée
Résilience économique : entre performance des résultats et tensions commerciales
Dans le contexte d’incertitude économique marqué par l’annonce de tarifs douaniers par le Président Trump au début du deuxième trimestre 2025 lors du « Libération Day », la saison des résultats était particulièrement attendue par les investisseurs. Les discours des entreprises ainsi que les révisions des prévisions annuelles étaient autant d’opportunités pour analyser les effets de ces tarifs et éventuellement détecter des signaux de ralentissement économique et d’augmentation de l’inflation.
Les publications se sont finalement avérées solides des deux côtés de l’Atlantique, même si certains secteurs apparaissent plus vulnérables que d’autres. Les marchés ont d’ailleurs salué ces réalisations par une belle progression estivale, qui vient s’ajouter à des gains déjà conséquents depuis le début de l’année.

*QTD : Performance depuis le début du trimestre courant, en monnaie locale
En amont de cette saison, les attentes étaient raisonnables : les estimations de croissance des bénéfices par action (BPA) prenaient en compte à la fois des taxes douanières et l’affaiblissement important et progressif du USD depuis le début de l’année. Cela explique ainsi les surprises positives au niveau des revenus et des BPA.
Taux de croissance des revenus et des BPA

Les Financières au premier plan, les Autos au point mort et le Luxe moins en vogue
Le secteur financier a confirmé son rôle de locomotive. Les banques ont publié des résultats supérieurs aux attentes et leurs prévisions pour le reste de l’année ont été revues à la hausse, contrairement à d’autres secteurs plus fragilisés.
Le secteur automobile traverse en revanche une zone de turbulence. Les tarifs douaniers, les prix sous pression et le ralentissement de la demande chinoise se conjuguent pour peser lourdement sur les perspectives. Plusieurs constructeurs (comme Renault) ont lancé des avertissements sur résultats, tandis que la plupart ont abaissé leurs objectifs de marges opérationnelles. Exceptions notables : Ferrari qui se targue d’un fort pouvoir de fixation de prix, et BMW qui avait déjà anticipé l’impact des tarifs.
La consommation discrétionnaire au sens large livre un tableau contrasté. Le secteur du luxe, autrefois moteur de performance, est désormais polarisé entre les acteurs de l’ultra-luxe (Hermès, Brunello Cucinelli) qui restent à l’abri d’un ralentissement global, alors que les acteurs « Mode et Maroquinerie » enregistrent un recul des revenus et des bénéfices.
Le secteur de la Défense a publié de solides résultats avec des guidances souvent réitérées, parfois même relevées, comme Rolls Royce ou Safran l’ont fait.
États-Unis : la technologie toujours en première ligne
Outre-Atlantique, la saison s’est révélée excellente, propulsant les indices américains vers de nouveaux sommets. Le dollar plus faible a été un vent favorable pour les exportateurs, ce qui explique en partie la surperformance des entreprises américaines par rapport à l’Europe. Au total, 82% des entreprises du S&P500 ont publié des BPA au-dessus des attentes, pour une croissance moyenne de plus de 9%, bien au-delà de la moyenne historique de 78%.
Les valeurs bancaires ont également brillé outre-Atlantique, tirées par les activités de trading et de banque d’investissement alors que les Revenus Nets d’Intérêt ont constitué le point faible de cette saison.
Mais le grand gagnant de la saison reste le secteur technologique. Véritable moteur de performance, il est aussi à l’origine de la révision à la hausse globale des BPA. Outre des rachats d’actions massifs, les annonces liées à l’Intelligence Artificielle (IA) ont particulièrement marqué : Alphabet prévoit 10 milliards de dépenses supplémentaires, Microsoft vise 80 milliards, tandis que Meta a tout simplement doublé le montant engagé en 2024 ! L’effet IA bénéficie aussi à d’autres secteurs, tels que certains industriels ou alors les producteurs d’électricité.
Le poids dans l’indice de la Tech explique la belle envolée générale mais ne signifie pas que le reste du marché a été épargné. Les Matériaux de base par exemple ont souffert de plein fouet des tarifs douaniers, un tiers d’entre eux ayant révisé ses objectifs annuels à la baisse. La distribution affiche également des performances contrastées : Target, davantage exposé à des catégories de produits discrétionnaires, souffre plus que Walmart alors que ce dernier gagne des parts de marchés mais doit encore absorber l’impact des tarifs. L’inflation par ailleurs, touche plus fortement les ménages à faibles revenus, dont la consommation reste sensible aux promotions et aux bonnes affaires.
Et après ?
Cette saison des résultats a largement dépassé les attentes, mais une question demeure : celle de la résilience. Les tarifs douaniers ont été définitivement fixés début juillet, les prochains trimestres permettront de mesurer plus précisément leur effet sur les entreprises. Or, certains indicateurs récents aux États-Unis – chiffres de l’emploi et données d’inflation en juillet – montrent déjà les premiers signes d’un ralentissement économique. L’attention des investisseurs se tourne désormais vers la Réserve Fédérale qui devrait sans surprise baisser les taux lors de sa réunion mi-septembre. Ceci devrait redonner un élan au marché et notamment à l’indice Russell 2000 qui a repris des couleurs et surperformé le Nasdaq durant le mois d’août.
Cet article a été rédigé par la Gestion Conseillée. Ce service proposé par ODDO BHF Banque Privée offre un accompagnement personnalisé, associant analyses de marché et propositions d’investissement, tout en laissant aux investisseurs le choix et la maîtrise des décisions finales.
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