Ormuz, pétrole or : pourquoi les marchés n’ont pas paniqué
Les marchés financiers ont réagi de manière étonnamment modérée aux frappes américaines contre trois installations nucléaires en Iran. Les investisseurs anticipaient une escalade du conflit au Moyen-Orient après le lâcher par l’armée de l’air américaine de plusieurs bombes anti-bunker sur l’Iran dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21 juin. Mais les événements on contredit leurs attentes. Malgré la menace iranienne de bloquer le détroit d’Ormuz, un passage crucial pour le commerce du pétrole, le prix du liquide noir a chuté immédiatement après la frappe militaire. Le Brent, la référence pour les prix du pétrole, a grimpé rapidement lundi pour atteindre les 80 dollars le baril (159 litres) avant de retomber à juste au-dessus de 70 dollars le même jour. Le baril se négocie actuellement autour des 68 dollars.
Les acteurs boursiers sont restés prudents en début de semaine. Le DAX a terminé la séance de lundi en baisse de 0,35 % par rapport à la clôture de vendredi, alors que le S&P 500 a clôturé la journée en hausse de 1 %. Mardi, la tension est globalement retombée et les marchés ont été globalement positifs. Le VIX, l’indice de volatilité du S&P 500, a clôturé à 17,5 mardi soir, en dessous de la moyenne des cinq dernières années. L’or, malgré sa réputation de « devise de la peur », a stagné autour de 3 370 dollars l’once (31,1 grammes) lundi avant de baisser sur la journée de mardi. Le prix du métal doré tourne actuellement autour de 3 290 dollars.
Mardi, le gouvernement iranien a accepté un cessez-le-feu avec Israël et les États-Unis. Les investisseurs ont réagi de manière généralement positive à cette annonce. Alors qu’un changement de régime en Iran est désormais peu probable, malgré les déclarations du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et du président américain Donald Trump, une nouvelle escalade au Moyen-Orient aura été évitée, du moins sur le moyen terme. Dans une région en permanence sur le fil du rasoir, la tension semble être retombée. Mais le fossé entre les deux camps demeure aussi profond qu’avant, sinon plus, et l’évolution du conflit à long terme reste incertaine.
Les investisseurs doivent s’abstenir de fonder leurs décisions de placement sur des hypothèses ou des anticipations, en particulier lorsqu’elles sont d’ordre politique. Néanmoins, l’incertitude fait partie intégrante de toute démarche d’investissement, et le contexte géopolitique actuel reste un facteur incontournable. Dans cette perspective, nous voyons la réaction modérée des marchés boursiers aux derniers événements au Moyen-Orient comme un signe positif.
Jusqu’à présent, les bourses européennes et américaines ont plutôt bien résisté aux pressions géopolitiques. Le fait que les entreprises aient, ces derniers mois et années, systématiquement réduit les risques liés à leurs activités pour renforcer leur résilience face aux perturbations potentielles notamment en lien avec un contexte politique de plus en plus volatil a été un facteur clé. Lors de l’assemblée annuelle de la Fédération de l’industrie allemande (BDI), son nouveau président, l’entrepreneur wurtembergeois Peter Leibinger, a souligné les efforts consentis par les entreprises pour renforcer leur résilience face aux crises politiques, aux attaques hybrides, aux cyberattaques et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.1
Les chefs d’entreprise les plus dynamiques s’aligneront sur cette nouvelle orientation. Toutefois, cela entraînera une augmentation des coûts, car les entreprises vont devoir investir davantage dans la sécurité informatique, les stocks et les entrepôts, tout en intégrant les questions de sécurité dans leurs décisions d’implantation. Cette hausse des coûts s’ajoute à une conjoncture mondiale plutôt maussade à la suite du revirement de la politique commerciale américaine. Dans ce contexte, les investisseurs doivent s’attendre à un ralentissement de la croissance des bénéfices.
L’évaluation des risques constitue une étape clé dans toute décision d’investissement. Cette dimension a gagné en importance au fil des crises récentes : la pandémie du COVID 19, l’invasion de l’Ukraine, les attentats du Hamas en Israël, l’offensive israélienne dans la bande de Gaza et les frappes contre l’Iran, sans oublier les attaques des rebelles houthis au Yémen, qui, à plusieurs reprises ont bloqué l’accès maritime à la mer Rouge et au canal de Suez, ainsi que des conflits larvés, tel que celui entre la Chine et Taïwan.
L’évolution probable des marchés boursiers – et de la situation géopolitique – au cours des prochains mois est impossible à prédire. C’est pourquoi il est d’autant plus important de structurer les portefeuilles de manière à résister aux pressions qui agissent sur les marchés financiers. Les valorisations des actions européennes sont actuellement élevées, celles des actions américaines davantage encore. Le ratio cours/bénéfice (PER) du S&P 500 n’a que légèrement baissé depuis le début de l’année, passant d’environ 30 à 27. Le PER du DAX est resté stable autour de 18,5.
Ces valorisations n’inquiètent pas outre mesure nos gérants de portefeuille. Elles indiquent que le prix des actions est actuellement relativement élevé par rapport à la moyenne historique, mais n’annoncent pas une baisse imminente des marchés. On peut néanmoins conclure que les investisseurs doivent revoir à la baisse leurs attentes de rendement à long terme. Dans cette perspective, la réaction mesurée des acteurs de marché à l’escalade du conflit au Moyen-Orient est plutôt rassurante. Nous maintenons donc notre exposition aux marchés actions. Ce n’est probablement pas le moment de prendre des risques excessifs. Toutefois, les investisseurs à long terme ne doivent pas non plus négliger les opportunités que peuvent offrir les marchés en période de tensions accrues.
1 BDI : TDI25 : « Le président de la BDI en faveur d’une réforme résolue, une économie forte est aussi la base d’une défense globale forte ». Communiqué de presse du 23 juin 2025.
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