Les marchés tiquent sur la tech
Respiration saine
Depuis plusieurs semaines, une petite musique revient régulièrement sur les marchés : le secteur technologique serait devenu trop cher, trop consensuel, trop dominant. Certaines grandes entreprises technologiques marquent ainsi le pas boursièrement. Ce repli transitoire s’analyse, selon nous, davantage comme une respiration salvatrice après une phase d’enthousiasme exceptionnel, plutôt qu’une remise en question structurelle de la transformation technologique en cours.
Le marché devient simplement plus exigeant. Après une phase d’enthousiasme exceptionnelle, les investisseurs s’interrogent désormais sur le rythme de monétisation des investissements, sur les futurs gagnants du secteur, sur la capacité des entreprises à maintenir leur dynamique bénéficiaire et, surtout, sur le prix qu’ils sont prêts à payer. Cette évolution explique également pourquoi les marchés actions sont restés relativement prudents après l’accord de paix du 17 juin.
Une (non) réaction boursière récente est contre-intuitive mais logique
À première vue, cette absence de réaction positive peut sembler contre-intuitive. Pourtant, plusieurs éléments l’expliquent. D’abord, les bonnes nouvelles étaient déjà largement intégrées dans les cours. Depuis le déclenchement du conflit le 27 février, le S&P 500 affiche déjà une progression d’environ 7 %. Plus remarquable encore, la hausse cumulée enregistrée sur les mois d’avril et de mai constitue la plus forte progression cumulée sur deux mois observée depuis 1945 en dehors d’une sortie de récession.
Ensuite, si le prix du Brent est revenu sur des niveaux proches de ceux observés avant le conflit, les perturbations logistiques restent importantes. Le trafic dans le détroit d’Ormuz demeure limité à 10 à 15 pétroliers par jour, soit un niveau près de dix fois inférieur à celui observé avant le 27 février. Les marchés avaient d’ailleurs très rapidement intégré le scénario d’une perturbation temporaire plutôt que celui d’une guerre durable, comme en témoignent la normalisation rapide de la courbe des contrats à terme sur le pétrole et le faible impact observé sur les anticipations d’inflation de long terme.
À cela s’ajoute un environnement monétaire devenu moins favorable. La Réserve fédérale américaine adopte désormais un discours plus restrictif qu’au printemps, tandis que la Banque centrale européenne a engagé un nouveau cycle de resserrement monétaire avec une première hausse de taux le 11 juin. Dans ce contexte, les marchés disposent de moins de soutien pour prolonger la hausse. Mais la principale interrogation est ailleurs. Elle concerne le financement du super cycle de l’intelligence artificielle.
Les dépenses d’investissement des grands groupes technologiques poursuivent en effet leur accélération à un rythme spectaculaire. Dans le même temps, le financement de ces investissements par les flux de trésorerie atteint désormais 98 %. Autrement dit, les investissements absorbent désormais presque intégralement les flux de trésorerie générés. Cet assèchement de l’auto-financement oblige les grands acteurs de l’écosystème technologique à faire appel au marché pour lever des capitaux, soit via le marché actions (SK Hynix, Oracle, SpaceX, Alphabet…), soit via l’émission de dettes (Nvidia, SpaceX, Alphabet, Meta, Intel, Amazon…).
Le marché ne remet donc pas en cause la révolution technologique. Il commence simplement à examiner plus attentivement sa facture. Cette sélectivité croissante conduit naturellement à réévaluer certaines allocations géographiques.
Comment appréhender les actions européennes ?
L’Europe conserve toute sa place dans une allocation diversifiée et certaines thématiques demeurent attractives, notamment autour de la souveraineté, de l’électrification, des valeurs bancaires, ou encore des valeurs défensives sur lesquelles le Royaume-Uni pourrait tirer son épingle du jeu. En revanche, la dégradation progressive de l’attractivité de la zone euro en termes de liquidités et d’innovation, couplée à des révisions négatives de séquences bénéficiaires et des valorisations exigeantes, ne justifie pas, selon nous, une surpondération stratégique.
La prudence reste également de mise sur le secteur de la consommation discrétionnaire européenne. Malgré des flux particulièrement négatifs depuis la fin de l’année 2025 et un début de rebond, les perspectives bénéficiaires demeurent fragiles. Le ralentissement attendu de la consommation domestique américaine s’ajoute à une demande chinoise toujours insuffisante pour soutenir durablement un rebond de secteurs tels que le Luxe.
La modération est également recommandée pour le secteur des semi-conducteurs européens en relatif par rapport aux acteurs américains et asiatiques. Malgré des entreprises de qualité, les niveaux de valorisation demeurent particulièrement exigeants alors que d’autres marchés offrent aujourd’hui un meilleur équilibre entre croissance bénéficiaire et valorisation.
La Chine continue de décevoir
Depuis 2021, les marges nettes des entreprises chinoises stagnent sous l’effet d’une concurrence particulièrement intense qui a fortement réduit leur pouvoir de fixation des prix. Les capacités industrielles demeurent largement sous-utilisées et la consommation domestique reste insuffisante pour relancer durablement la croissance. Le principal frein demeure la confiance des ménages. Fragilisés par la crise immobilière et par des performances boursières décevantes, les ménages chinois restent particulièrement prudents. Cette faiblesse de la demande intérieure limite mécaniquement les perspectives de croissance. Le redressement passera nécessairement par une stabilisation du marché immobilier. Aujourd’hui encore, dans les villes chinoises de troisième rang, il faut en moyenne 40 mois pour écouler un logement vacant, illustrant la profondeur de la crise immobilière. Notre analyse montre que les efforts des autorités chinoises pour restaurer la confiance et la consommation des ménages peinent à porter leurs fruits.
« Buy the Dip » sur l’or
Nous conservons une conviction positive sur l’or. Les achats des banques centrales demeurent historiquement élevés et les dernières enquêtes du World Gold Council montrent que près de 60 % d’entre elles prévoient d’augmenter encore leurs réserves au cours des prochains mois. L’appétit pour les ETFs investis sur l’or, et la tentation de certains acteurs de « dé-dollariser » leur exposition constituent également des moteurs de soutien structurels extrêmement forts pour le métal jaune sur le long-terme. Ils nous conduisent à considérer les phases de repli comme des opportunités de renforcement.
Les marchés tiquent sur la tech : bonne ou mauvaise nouvelle ?
Le fait que « le marché tique sur la tech » est une bonne nouvelle. Ce que nous observons aujourd’hui ressemble davantage à une respiration qu’à une remise en cause fondamentale. Les grandes révolutions d’investissement ne progressent jamais en ligne droite. Elles alternent des phases d’enthousiasme, de doute et de sélection. C’est souvent cette alternance qui leur permet de durer.
Aujourd’hui, les investisseurs recommencent à s’interroger sur les valorisations, sur les modèles économiques et sur le retour sur investissement des dépenses liées à l’intelligence artificielle. Même si le concept de « bonne bulle » ou de « mauvaise bulle » est erroné, il permet de mettre en lumière qu’une « mauvaise bulle » serait une bulle caractérisée par l’absence de questionnement. À ce titre, cette phase de consolidation nous paraît donc plutôt saine.
Le message aux investisseurs reste inchangé : ne confondez pas une pause salvatrice avec une fin de cycle. Ne confondez pas la respiration actuelle avec la disparition des opportunités. Si les marchés tiquent aujourd’hui sur la tech, c’est peut-être justement parce qu’ils continuent d’y croire de manière durable.
Source : ODDO BHF, Bloomberg. Données au 28/06/2026
Source : ODDO BHF. Données au 28/06/2026
Source : ODDO BHF, Goldman Sachs. Données au 28/06/2026
Source : ODDO BHF, Morgan Stanley, Société Générale. Données au 28/06/2026
Source : ODDO BHF, Barclays. Données au 28/06/2026
Source : ODDO BHF, Gavekal. Données au 28/06/2026
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