Baisse des températures

Investissement
20.07.2026
6 Minutes
    Maxime Dupuis
    Directeur des Investissements et de la Gestion Sous Mandat - ODDO BHF Banque Privée

Tout comme la météo, les marchés aussi semblent avoir décidé de faire baisser la température.

L’illustration la plus visible est venue des valeurs technologiques américaines, et plus particulièrement des semi-conducteurs, qui ont enregistré un net recul ces derniers jours. Immédiatement, les commentaires se sont multipliés : « fin du cycle de l’intelligence artificielle », « valorisations devenues intenables », « essoufflement du marché », « retour à la réalité ». Des réactions compréhensibles après un parcours aussi exceptionnel pour la tech. Chaque correction est désormais scrutée comme le point de départ potentiel d’un retournement. Pourtant, il convient de distinguer le bruit du signal. Les corrections font partie intégrante des marchés haussiers. Elles permettent de digérer des performances parfois exceptionnelles, de réduire certains excès de positionnement et de laisser les fondamentaux reprendre le relais. Historiquement, les marchés les plus solides ne sont pas ceux qui progressent sans interruption, mais ceux qui savent respirer sans remettre en cause leur trajectoire. À ce stade, la baisse des températures ressemble davantage à un retour à une météo de saison qu’à un changement brutal de climat.

La thèse inflationniste refroidit

Le regain de tensions au Moyen-Orient a eu pour conséquence immédiate une nouvelle fermeture du détroit d’Ormuz et une envolée des prix du pétrole, en hausse de plus de +25% depuis la reprise des frappes.

Pour autant, cette hausse de l’énergie ne s’est pas (encore) traduite par un regain inflationniste. Aux États-Unis, les indicateurs avancés de pression sur les prix demeurent contenus et l’inflation sous-jacente (inflation retraitée des prix de l’énergie et de l’alimentation) ne montre aucun signe de surchauffe. Dans le même temps, le marché du travail reste solide, comme en témoigne le nombre d’emplois créés aux États-Unis sur les 4 derniers mois.

Cette combinaison réduit fortement la probabilité d’un relèvement des taux de la Fed dès le mois de juillet. Le marché continue d’anticiper environ une hausse et demie de taux en 2026, mais le scénario d’un resserrement monétaire immédiat s’est nettement éloigné.

En zone euro, le constat est similaire sur le front de l’inflation. L’inflation sous-jacente, comme celle des services, évolue toujours dans un environnement relativement stable. En revanche, la Banque centrale Européenne continue de considérer que la remontée des prix de l’énergie pourrait alimenter les tensions inflationnistes. Cette prudence entretient le risque d’un durcissement supplémentaire des conditions monétaires, susceptible de freiner le crédit, l’investissement, et, in fine, la croissance européenne.

Dans ce contexte, le soutien à l’activité ne peut plus venir uniquement de la politique monétaire.

Le moteur allemand se réchauffe

C’est désormais du côté de la politique budgétaire que se concentrent les attentes.

En Allemagne, les premiers effets du programme de relance budgétaire commencent à être visibles. Les dépenses publiques accélèrent, les commandes domestiques en biens d’équipement progressent et les investissements dans le génie civil public montrent que les annonces se traduisent progressivement dans les chiffres. Le programme de relance économique et de l’emploi présenté par Friedrich Merz il y a quelques semaines est également de bon augure. Parmi les 34 mesures annoncées, se trouvent des allègements fiscaux pour les ménages dès janvier 2027, une baisse des charges pour les entreprises, l’instauration d’une partie par capitalisation dans les retraites, la hausse de l’âge de départ en retraite, ou encore une réforme de la compétitivité (flexibilité des contrats courts, durcissement des arrêts maladie)

Cette dynamique est particulièrement importante au regard des difficultés traversées par l’économie allemande ces dernières années. L’érosion de son excédent commercial vis-à-vis des États-Unis, le creusement du déficit avec la Chine et les destructions d’emplois dans l’industrie manufacturière illustrent la perte progressive de compétitivité du pays. Le redémarrage de l’investissement apparaît donc comme une étape indispensable au soutien de la croissance, et les derniers signaux sont encourageants, après plusieurs faux départs depuis 2025.

Des marchés financiers plutôt tièdes

La saison des résultats du deuxième trimestre s’ouvre dans un contexte où les attentes sont élevées, aussi bien aux États-Unis (+22%) qu’en Europe (+12%).

Sur le marché européen, ces anticipations paraissent ambitieuses au regard des nombreux défis rencontrés au cours du trimestre : hausse des coûts de l’énergie, effet devise légèrement défavorable, perturbations des chaînes d’approvisionnement, gestion du conflit US-Iran, ralentissement de certains indicateurs d’activité et environnement industriel moins favorable. Par ailleurs, les révisions positives de bénéfices enregistrées depuis le début de l’année restent concentrées sur un nombre limité de secteurs, principalement l’énergie (croissance des bénéfices par action attendue à +113% au deuxième trimestre 2026 par rapport au deuxième trimestre 2025), ou encore les matériaux de base (+39%). Cette concentration invite à conserver une approche sélective.

La technologie traverse une phase de normalisation post surchauffé

Nous restons structurellement positifs sur les actions américaines en raison de la poursuite du mouvement d’expansion des marges, particulièrement visible pour les grandes et très grandes capitalisations, couplée à des niveaux de valorisation proches de la moyenne sur 5 ans (ratio cours / bénéfices légèrement en dessous de 20x) et 3 points en dessous des plus hauts atteints en octobre 2025. Au sein des actions américaines, nous confirmons le positionnement sur le secteur technologique, mais recommandons une diversification vers l’écosystème intelligence artificielle plus large, et non plus seulement les semi-conducteurs, qui constituent le principal sujet d’interrogation des investisseurs.

Après plusieurs mois de progression exceptionnelle, l’indice américain du secteur des semi-conducteurs (SOX) a désormais corrigé de plus de 20 % par rapport à ses récents sommets, seuil généralement associé à l’entrée dans un marché baissier. Plusieurs facteurs expliquent ce mouvement : les prises de bénéfices avant la période estivale, les tensions géopolitiques, un environnement monétaire moins favorable mais aussi l’arrivée de nouveaux acteurs chinois dans l’intelligence artificielle, notamment Moonshot avec son modèle Kimi K3, qui fait trembler les agents traditionnels américains (ChatGPT et Claude notamment)

Pour autant, les fondamentaux restent extrêmement solides selon nous. Les besoins d’investissement liés à l’intelligence artificielle restent considérables et la croissance des bénéfices continue d’accompagner la progression des grandes entreprises technologiques. Les marges demeurent particulièrement solides, tandis que les performances boursières restent en ligne avec l’évolution des résultats. La normalisation actuelle apparaît ainsi davantage comme une respiration que comme une remise en cause de la thématique. Cette évolution conduit néanmoins à élargir le regard au-delà des seuls fabricants de semi-conducteurs.

Rotation au sein de la thématique de l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle ne se résume pas aux semi-conducteurs. Un retour vers les grands consommateurs d’intelligence artificielle (ou « hyperscalers ») tels que Meta, Google, Amazon, ou Microsoft, fait aujourd’hui sens. Cette conviction est d’autant plus forte que ces fameux « hyperscalers » accélèrent le développement de leurs propres puces à moindre coût, ce qui érode le pouvoir de fixation des prix des fabricants de semi-conducteurs traditionnels comme Nvidia ou Micron.

Le secteur des logiciels mérite à nouveau une attention particulière dans le contexte actuel. Son profil de diversification et décorrélant par rapport au secteur des semi-conducteurs apparaît intéressant, avec une corrélation très négative constatée sur les 3 derniers mois (entre -0.6 et -0.8 aux US et en Europe).

Sélectivité et diversification sont les maîtres mots avant le départ en vacances

Aux États-Unis, la prudence reste de mise sur les secteurs liés à la consommation. La santé du consommateur américain montre quelques signes de faiblesse, et les marges du secteur de la consommation discrétionnaire apparaissent beaucoup moins robustes dès lors qu’Amazon est exclu de l’analyse.

En Europe, la préférence va aux moyennes capitalisations allemandes, qui devraient être les premières bénéficiaires du redémarrage budgétaire. À l’inverse, la consommation discrétionnaire, et notamment le luxe, reste confrontée à deux moteurs encore qui calent : un consommateur américain sous pression et une demande domestique chinoise toujours peu dynamique.

Parmi les convictions sectorielles, les métaux et les mines continuent d’offrir un profil particulièrement attractif. Le redémarrage des investissements mondiaux, les contraintes d’offre ainsi que les besoins liés à la transition énergétique, à l’électrification, à l’intelligence artificielle et aux enjeux de souveraineté soutiennent durablement les perspectives des métaux industriels, en particulier du cuivre. À cela s’ajoutent une génération de trésorerie solide, des valorisations jugées raisonnables et un positionnement limité des investisseurs.

Du côté des marchés émergents, la Corée du Sud conserve toute sa place dans les allocations, même si sa forte exposition aux semi-conducteurs plaide pour une diversification. Le Japon retrouve également de l’intérêt grâce au retour de l’inflation, à la normalisation de la politique monétaire, au soutien budgétaire et à la poursuite des réformes de gouvernance. Dans ce contexte, la préférence japonaise va aux valeurs domestiques, notamment financières, aux sociétés exposées à la consommation intérieure ainsi qu’aux secteurs liés à l’autonomie stratégique. Notre vue de renforcement du yen par rapport au dollar milite pour une extrême prudence sur les valeurs exportatrices japonaises.

Une respiration post canicule salutaire

Il est incontestable que certains segments de marché, en particulier les semi-conducteurs, ont connu des prises de bénéfices importantes ces dernières semaines. Mais celles-ci interviennent après une séquence de hausse exceptionnelle portée par l’enthousiasme suscité par l’intelligence artificielle et les infrastructures numériques.

À ce stade, nous n’identifions pas d’élément susceptible de remettre en cause les moteurs fondamentaux qui soutiennent notre scénario. Les besoins d’investissement liés à l’IA restent considérables. Les perspectives de croissance des grands acteurs technologiques demeurent solides. Le risque inflationniste reste limité. Enfin, l’environnement économique, sans être exempt de risques, continue de s’améliorer sur plusieurs fronts.

Un marché haussier ne se juge pas à l’aune de quelques séances difficiles. Il se juge à sa capacité à absorber les mauvaises nouvelles, à alterner accélérations et phases de consolidation, et à élargir progressivement les moteurs de sa progression.

En définitive, la météo des marchés s’est rafraîchie mais les prévisions de fond n’ont pas changé. Après plusieurs mois de forte chaleur, cette baisse des températures apparaît moins comme l’annonce d’un hiver boursier que comme une respiration salutaire, susceptible de créer les conditions d’une poursuite du cycle dans un environnement boursier plus sain et équilibré.


Source : ODDO BHF. Données au 19/07/2026
Source : ODDO BHF, BCA Research. Données au 19/07/2026
Source : ODDO BHF, Deutsche Bank. Données au 19/07/2026
Source : ODDO BHF, Société Générale. Données au 19/07/2026
Source : ODDO BHF, Goldman Sachs. Données au 19/07/2026
Source : ODDO BHF, Morgan Stanley. Données au 19/07/2026

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Auteur

    Maxime Dupuis
    Directeur des Investissements et de la Gestion Sous Mandat - ODDO BHF Banque Privée