Le retour du rendement… et celui de la sélectivité
Les marchés financiers continuent de faire preuve d’une remarquable résilience. Malgré les tensions géopolitiques, le ralentissement de la croissance européenne et la perspective d’une politique monétaire durablement restrictive, les principales classes d’actifs affichent des performances solides depuis le début de l’année.
Pour autant, derrière cette apparente sérénité, plusieurs lignes de fracture apparaissent. Le rendement est revenu sur les marchés obligataires, mais la sélectivité redevient essentielle. Les marchés actions progressent encore, mais sous l’impulsion d’un nombre de plus en plus réduit de valeurs. Quant aux investisseurs, ils semblent à nouveau prêts à payer très cher certaines promesses de croissance.
Une Europe confrontée à une croissance toujours fragile
La Banque centrale européenne a déjà engagé un cycle de resserrement monétaire qui a porté son taux directeur à 2,25 %. Les anticipations de marché suggèrent que ce mouvement pourrait se poursuivre, avec des taux susceptibles de rester durablement supérieurs à la croissance potentielle de la zone euro.
Cette perspective intervient dans un contexte économique déjà peu dynamique. Les prévisions de croissance demeurent faibles en France comme en Allemagne et les espoirs suscités par les annonces de relance outre-Rhin tardent encore à se matérialiser.
Les indicateurs monétaires illustrent cette situation. La croissance de la masse monétaire reste modeste et n’a pas retrouvé ses niveaux d’avant la crise du Covid. L’environnement économique européen demeure donc caractérisé par une croissance limitée et des conditions financières qui se durcissent.
Les obligations retrouvent leur place dans les portefeuilles
Pour les investisseurs obligataires, le surplus de rendement que l’on voit aujourd’hui peut être intéressant.
L’Investment Grade1 européen offre désormais des rendements supérieurs à 3,5 %, contre moins de 3 % il y a encore quelques mois. Cette évolution redonne de l’intérêt à une classe d’actifs qui avait progressivement perdu son rôle de générateur de revenus.
Les fondamentaux des entreprises restent globalement solides. Beaucoup d’émetteurs ont profité des années précédentes pour refinancer leur dette dans de bonnes conditions et allonger leurs maturités. Les taux de défaut demeurent relativement faibles et continuent de se normaliser après la période post-Covid.
Pour autant, la prudence reste de mise sur les segments les plus risqués. Les agences de notation anticipent une remontée progressive des taux de défaut dans les années à venir, notamment sur les signatures les plus fragiles du marché High Yield2. Les rendements proposés restent attractifs, mais ne rémunèrent peut-être pas pleinement les scénarios économiques les plus défavorables.
Dans ce contexte, les obligations sécurisées conservent tout leur intérêt. Adossées à des portefeuilles d’actifs de qualité tout en restant inscrites au bilan des établissements émetteurs, elles offrent un compromis particulièrement intéressant entre rendement et qualité de crédit.
Des marchés actions toujours portés par l’intelligence artificielle
Malgré les épisodes de volatilité liés aux fortes tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les performances 2026 des marchés actions exprimées en Euro sont importantes, +9.7% pour le msci Europe au 18 juin, +12.4% pour le msci USA et, super-star, le msci Emergents avec +31.6% avec un dollar qui gagne 2.4% sur le semestre.
La forte progression des marchés émergents n’est pas à mettre au crédit de la Chine (-10.1% pour le msci China), ni à l’Inde (-6.7% pour le msci India) mais à Taiwan avec +64.2% et surtout la Corée du Sud +138.6%. Ces deux derniers marchés sont aujourd’hui largement dépendants au secteur des semi-conducteurs. À elles seules, les sociétés TSMC, Samsung Electronics et SK Hynix représentent près d’un tiers de l’indice msci émergents. Pour les investisseurs souhaitant réduire leur exposition à la technologie américaine, il est donc important de leur rappeler qu’une partie significative de la performance repose sur les mêmes moteurs liés à l’intelligence artificielle.
À noter également que l’ensemble des marchés actions ont rapidement retrouvé leurs niveaux d’avant conflit ; depuis le 27 février 2026, veille du conflit ; les actions américaines progressent d’environ 13 %, tandis que les marchés émergents gagnent plus de 15 %. L’Europe affiche une hausse plus modeste, autour de 2,3 %. Cette dynamique reste néanmoins toujours extrêmement concentrée autour des valeurs technologiques.
Les MAG73 marquent le pas
Aux États-Unis, le S&P500 progresse de +13.1%, le S&P500 équipondéré de +9.3% et le S&P exMag7 de +13.1%. Justement, la performance des MAG7 est nulle sur 2026 car les écarts deviennent de plus en plus marqués.
En territoire positif : Alphabet (+17.6%) – visibilité sur la rentabilité de ses investissements IA, Nvidia (+13.0%) position centrale dans la chaîne de valeur des semi-conducteurs, Apple (+9.6%) stratégie plus pragmatique fondée sur les partenariats technologiques.
Coté négatif, Microsoft (-21.5%) image software, Meta (-12.6%) lisibilité plus faible de sa stratégie de dépenses technologiques, Tesla (-10.9%) arbitrage avant l’IPO de SpaceX.
Introduction de l’OVNI SpaceX
L’introduction en Bourse de près de 5% du flottant de SpaceX illustre parfaitement l’appétit actuel des investisseurs pour les thématiques de croissance. Avec une valorisation dépassant 2 500 milliards de dollars dès les premiers jours de cotation, l’entreprise est devenue l’une des plus importantes capitalisations mondiales. En seulement six séances, le titre a progressé de 37 %, avec un pic supérieur à +67 %. Ces niveaux témoignent d’un enthousiasme considérable.
L’introduction s’est réalisée sur une valorisation proche de 100 fois le chiffre d’affaires, des multiples rarement observés dans l’histoire des marchés. Les 75 mds USD de l’introduction ont permis à la société d’annoncer dans la foulée l’achat de Cursor, une entreprise de logiciel de codage pour 60 mds USD sur une valorisation autour de 20X les revenus et le lancement d’une future émission obligataire de 20 mds USD.
Si les perspectives offertes par l’intelligence artificielle sont réelles, les valorisations atteintes sur certains segments exigent aujourd’hui une discipline d’investissement accrue.
Notre conviction
Les obligations crédit de la zone euro affichent des rendements attractifs pour les investisseurs, alors que les taux de défaut continuent de s’améliorer. Les obligations retrouvent pleinement leur place dans les allocations, tandis que les actions continuent de bénéficier du potentiel lié à l’intelligence artificielle.
Pour autant, l’environnement de marché devient plus complexe. La croissance ralentit, les politiques monétaires restent restrictives et les performances boursières reposent sur un nombre limité de moteurs.
Dans ce contexte, la diversification et la sélectivité demeurent plus que jamais les meilleurs alliés de l’investisseur de long terme.
1Investment Grade : qualité d’investissement : Obligations émises par des emprunteurs jugés solides par les agences de notation. Elles offrent un rendement modéré mais présentent un meilleur profil de risque de crédit.
2High Yield : Obligations Haut rendement
3MAG7 : 7 grandes valeurs technologiques américaines qui concentrent la performance du marché action (Tesla, Microsoft, Apple, Google (Alphabet), Amazon, Meta (Facebook), Nvidia)
Source : ODDO BHF, Bloomberg, BCA Research. Données au 22/06/2026
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