Et si les marchés avaient intégré l’imprévisible ?
Franchissement de seuil au Moyen-Orient
Les marchés financiers ont traversé la semaine dans un calme relatif, malgré une actualité géopolitique de plus en plus préoccupante. La situation au Moyen-Orient a franchi un cap critique ce week-end, avec le lancement par les États-Unis – en coordination étroite avec Israël – de l’Opération Midnight Hammer.
Trois sites nucléaires iraniens majeurs (Fordow, Natanz, Esfahan) ont été visés par des frappes de haute précision, impliquant des missiles de croisière et des bombardiers furtifs B-2. Cette offensive marque une escalade sans précédent, officiellement justifiée par des “mesures préventives” face à une menace croissante, selon l’administration Trump.
Si l’Iran n’a pas encore répliqué militairement, la tension est à son comble. Téhéran a convoqué une réunion de son Conseil de sécurité nationale, et le Parlement iranien a voté une résolution autorisant la fermeture du détroit d’Ormuz – un point névralgique de l’approvisionnement énergétique mondial, par lequel transite près d’un baril de pétrole sur cinq.
La décision finale revient désormais au Guide suprême et à l’état-major militaire iranien, mais la menace est prise très au sérieux. Plusieurs compagnies maritimes asiatiques, dont des armateurs japonais, ont d’ores et déjà modifié leurs itinéraires pour éviter la zone.
Le pétrole s’agite sans basculer
Dans ce climat tendu, les marchés pétroliers sont logiquement restés sous pression. Le Brent a brièvement franchi les 81 $/baril en séance avant de refluer vers les 78 $, tandis que le WTI évolue autour de 73 $, élargissant le spread entre les deux références.
Ce différentiel s’explique par la sensibilité accrue du Brent aux événements internationaux, alors que le WTI reflète davantage l’équilibre offre/demande du marché nord-américain.
Malgré la nervosité, les investisseurs ne croient pas – pour l’instant – à un scénario de rupture brutale d’approvisionnement. La modération observée dans les premières réactions iraniennes y contribue, tout comme les derniers rapports de l’OPEP et de l’AIE, qui confirment que l’offre globale reste suffisante à ce stade.
Cela dit, tout changement dans la sécurité du détroit d’Ormuz pourrait provoquer une onde de choc immédiate et massive sur les marchés.
Or en repli, cuivre sous tension
Sur le front des métaux précieux, l’or a étonnamment reculé, enregistrant cinq séances de baisse consécutives pour se stabiliser autour de 3 350 $ l’once. Ce mouvement, contre-intuitif dans un contexte de tensions géopolitiques, s’explique par la vigueur persistante du dollar et le ton prudent de la Réserve fédérale américaine, qui a refroidi les anticipations de baisse rapide des taux.
Le cuivre, souvent considéré comme un baromètre de la santé industrielle mondiale, s’est également replié à 9 615 $/tonne à Londres, pénalisé par de mauvaises nouvelles dans le secteur immobilier chinois, toujours en crise.
Céréales : le blé bondit, le maïs se stabilise
Du côté des marchés agricoles, les contrats à terme de Chicago ont montré des dynamiques contrastées. Le maïs se stabilise autour de 445 cents le boisseau, tandis que le blé bondit à 585 cents sur l’échéance de septembre, porté par des rachats de positions vendeuses.
Les perspectives de récolte en Europe et autour de la mer Noire demeurent cependant un facteur de pression baissière à moyen terme.
Taux directeurs : la prudence reste la règle
Sur le plan macroéconomique, la semaine a été dominée par une série de décisions de banques centrales. Après la BCE, ce sont la Fed, la Banque d’Angleterre et la Banque nationale suisse qui ont livré leurs diagnostics.
La Banque nationale suisse a surpris en abaissant son taux directeur à zéro, illustrant qu’un taux bas n’est pas nécessairement synonyme de faiblesse monétaire, lorsque la stabilité politique, la qualité institutionnelle et la compétitivité à l’export sont au rendez-vous.
La Banque d’Angleterre a quant à elle opté pour le statu quo, tandis que la Réserve fédérale américaine reste dans une posture attentiste. Entre une inflation encore au-dessus de sa cible, un marché du travail toujours robuste, et un contexte international incertain, Jerome Powell temporise. Deux baisses de taux sont toujours envisagées d’ici la fin de l’année, mais sans calendrier ferme.
Ce qui attend les marchés cette semaine
La semaine qui s’ouvre sera rythmée par plusieurs indicateurs clés :
- Lundi : PMI de juin dans les grandes économies.
- Mardi et mercredi : auditions de Jerome Powell devant le Congrès, une séquence susceptible d’affiner les anticipations de politique monétaire.
- Vendredi : inflation PCE américaine, principal indicateur suivi par la Fed.
Côté entreprises, quelques poids lourds publieront hors saison habituelle, notamment Prosus, FedEx, Micron et Nike
Sources : Bloomberg, ODDO BHF Banque Privée le 23/06/2025

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