Trop vite, trop haut, trop fort? 

Investissement
27.04.2026
4 Minutes
    Maxime Dupuis
    Directeur des Investissements et de la Gestion Sous Mandat - ODDO BHF Banque Privée

Le rebond des marchés actions a été rapide. Par moments, il peut sembler élevé. Mais il n’apparaît pas, à ce stade, excessif. 

Tant que certains équilibres sont préservés — absence de récession, absence de choc inflationniste marqué, et continuité des résultats d’entreprises — les marchés conservent des soutiens solides pour une consolidation du mouvement de hausse. C’est dans ce cadre que s’inscrit notre lecture actuelle. 

Un cessez-le-feu globalement respecté, mais une normalisation incomplète 

La prolongation du cessez-le-feu constitue un élément de soutien évident. Les indicateurs opérationnels confirment une accalmie : le nombre de frappes est en forte baisse et le trafic aérien s’est largement normalisé (retraité de la chute du tourisme au Moyen-Orient et de la pénurie de carburants entrainant l’annulation d’un certain nombre de vols). Cette normalisation reste toutefois partielle. Le trafic maritime demeure fortement dégradé : environ une trentaine de navires circulent chaque jour, soit à peine 4 % du niveau observé avant le conflit. Cette situation entretient des risques de pénuries, notamment sur le pétrole et certaines matières stratégiques (hélium, acide sulfurique, engrais). 

Les régions les plus exposées sont les pays émergents, suivis de l’Europe, tandis que les États-Unis apparaissent relativement moins vulnérables. 

Dans ce contexte, les prix de l’énergie restent sous tension. Le Brent1 peine à s’inscrire durablement sous les 100 dollars, tandis que le gaz, exprimé en euros par mégawattheure, s’est détendu par rapport aux pics observés à la mi-mars sans pour autant retrouver ses niveaux d’avant-crise. 

Trois scénarios se dessinent aujourd’hui : 

  • Accord définitif (probabilité d’environ 30%) 
  • Statu quo prolongé — désormais central (probabilité d’environ 60%) 
  • Scénario de reprise marquée des tensions (environ 10%) 

Une dynamique macroéconomique qui se dégrade en Europe 

Les indicateurs de surprise économique2 se dégradent, en particulier en Europe. Cette évolution reflète un environnement économique moins favorable qu’anticipé. L’exemple allemand est emblématique : la croissance vient d’être fortement révisée par les autorités allemandes pour 2026 à 0,5%, contre 1,0% auparavant, et près de 1,5% anticipé il y a tout juste 9 mois par le consensus. 

Cette divergence avec les États-Unis reste frappante. Elle explique en partie le retard durable (et structurel) des marchés actions européens par rapport aux marchés américains. 

Les enquêtes PMI3 confirment cette lecture. Le secteur manufacturier bénéficie d’effets d’anticipation liés aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement, mais le secteur des services évolue à peine au-dessus du seuil de 50, traduisant une dynamique fragile. 

Dans le même temps, les pressions sur les prix demeurent élevées et sont désormais visibles dans les chiffres. 

Un changement de régime monétaire 

La remontée des anticipations d’inflation (plus de 3% à horizon 1 an pour les Etats-Unis et la zone euro), visible notamment à travers les swaps d’inflation4, a profondément modifié les attentes de marché. 

Fin février, les investisseurs anticipaient trois baisses de taux de la Réserve fédérale. Désormais, le scénario dominant est celui d’une seule baisse, voire aucune. 

Ce changement traduit un basculement vers une politique monétaire plus restrictive, aux États-Unis comme en Europe. 

Ce mouvement s’est trouvé renforcé par la nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale en remplacement de Jérôme Powell. Son audition devant le Sénat la semaine dernière confirme une priorité donnée à la lutte contre l’inflation, au détriment du soutien à l’emploi, dans le cadre du double mandat de la Réserve fédérale5

Dans ce contexte, l’hypothèse de taux durablement élevés — sur les maturités courtes comme longues — gagne en crédibilité. 

Un dollar toujours dominant, mais contesté 

Le dollar conserve une place centrale dans le système financier international : 

  • 89 % des transactions mondiales, 
  • 61 % des dettes émises hors États-Unis, 
  • 57 % des réserves de change, 
  • 54 % des facturations à l’export, 
  • 51 % des transactions interbancaires. 

Cette domination reste incontestable à court terme. 

Elle est toutefois progressivement remise en question, notamment au profit de l’euro et de certaines devises comme le yuan chinois. 

Des marchés actions résilients, une divergence persistante avec les taux 

Depuis le début de l’année, les marchés actions ont fait preuve d’une forte résilience. Les actions américaines évoluent à nouveau sur des plus hauts historiques (ATH6), tandis que les marchés européens restent en retrait relatif, en cohérence avec une dynamique économique moins favorable, et de séquences bénéficiaires de sociétés moins solides. Les effets du conflit ont ainsi été largement absorbés par les marchés actions, en particulier aux États-Unis. En revanche, cette normalisation ne s’observe pas sur les marchés obligataires, où les taux restent élevés et volatils. 

Conclusion — Trop vite ? peut-être. Trop haut ? parfois. Trop fort ? pas encore 

« Trop vite, trop haut, trop fort ? » Trop vite : oui, sans doute à court terme. Le marché a déjà intégré beaucoup de bonnes nouvelles en peu de temps, ce qui peut justifier une phase de respiration. Trop haut : pas partout. Certaines valorisations sont tendues, notamment en Europe, mais il subsiste encore des poches d’opportunités là où la croissance bénéficiaire est réelle et visible. Trop fort : non plus. La toile de fond reste constructive : économies résilientes pour le moment surtout aux US, bénéfices encore en progression, innovation technologique intacte aux US, et en réalité une absence totale de catalyseur baissier majeur à ce stade. Nous maintenons donc un positionnement constructif sur les actions, avec une préférence pour les États-Unis et les pays émergents. 


1Brent : référence internationale du prix du pétrole brut, principalement utilisée en Europe.
2Indicateurs de surprise économique : mesure de l’écart entre les données économiques publiées et les attentes du consensus.
3PMI (Purchasing Managers’ Index) : indicateur avancé mesurant l’activité économique ; un niveau supérieur à 50 indique une expansion.
4Swaps d’inflation : instruments de marché reflétant les anticipations d’inflation des investisseurs.
5Double mandat de la Réserve fédérale : objectif de stabilité des prix et de plein emploi.
6ATH (All-Time High) : plus haut niveau historique atteint par un marché ou un indice.

Source : ODDO BHF. Données au 26/04/2026
Source : ODDO BHF, BCA Research. Données au 26/04/2026
Source : ODDO BHF, Bloomberg. Données au 26/04/2026
Source : ODDO BHF. Chiffres arrêtés au 26/04/2026

Les informations émises dans ce document correspondent aux anticipations de marché de ODDO BHF Banque Privée au moment de la publication de ce document et ne constituent en aucun cas une recommandation en investissement. Les informations et analyses contenues dans le présent document ne peuvent engager la responsabilité de ODDO BHF Banque Privée, ni constituer l’unique base de votre décision quant à l’opportunité de réaliser certaines opérations ou investissements. Vous devez vous assurer que les solutions ou investissements retenus correspondent à vos objectifs, votre situation financière et aux risques que vous êtes prêt à assumer.

Auteur

    Maxime Dupuis
    Directeur des Investissements et de la Gestion Sous Mandat - ODDO BHF Banque Privée