Mathilde Bonvin – responsable esg oddo bhf banque privée
Moins de slogans, plus de mégawatts : la durabilité version 2026
Après plusieurs années de débats et de promesses souvent ternies par du greenwashing, l’investissement durable entre en 2026 avec une nouvelle grammaire. Le temps des slogans abstraits touche à sa fin ; celui des arbitrages concrets commence. Inflation, tensions géopolitiques, IA énergivore, catastrophes climatiques visibles, retour de bâton politique contre l’ESG : tout concourt à une clarification salutaire.
1. La transition énergétique n’attend plus les élections
Premier constat clé pour 2026 : la transition énergétique avance désormais par la force des coûts, non par la vertu des discours. Les technologies arrivées à maturité – solaire, éolien, batteries, mobilité électrique – n’ont plus besoin d’un soutien politique pour exister, ayant déjà démontré être moins chères et plus rapides à déployer1.
Ironie de l’histoire : même aux États-Unis, où les politiques climatiques reculent, 90 % de la nouvelle capacité électrique provient déjà des renouvelables, boostée par la révolution numérique en cours2.
À l’inverse, 2026 marquera une sélection plus dure pour les technologies encore dépendantes de subventions : captage du carbone, biocarburants avancés, hydrogène mal positionné. Toutes les technologies “vertes” ne se valent pas. La clé pour l’investisseur n’est plus l’intention environnementale, mais la capacité à passer à l’échelle économiquement.
2. Quand l’IA rallume le compteur électrique
La grande surprise de la décennie climatique, c’est peut-être celle-ci : la décarbonation sera en partie tirée par… le numérique. L’explosion de la demande d’électricité liée aux data centers et à l’intelligence artificielle (IA) agit comme un accélérateur inattendu. Géothermie nouvelle génération, réseaux intelligents, stockage, logiciels d’efficacité énergétique : ces segments deviennent les “infrastructures invisibles” de l’économie numérique. En clair, pas d’IA sans énergie, et pas d’énergie sans investissements massifs dans l’infrastructure.
3. Le risque climatique n’est plus théorique, il est assurable… ou pas
Deuxième bascule majeure : le climat entre pleinement dans le champ du risque financier mesurable. Inondations, canicules, tempêtes : ce qui relevait de l’exception devient statistique.
Les actifs privés, en particulier les infrastructures, sont en première ligne. Par exemple, les ports, aéroports ou encore réseaux électriques présentent un risque d’arrêt d’activité en cas d’évènement climatique extrême. Le marché de l’assurance l’a d’ailleurs compris : hausse rapide des primes, retrait progressif de certaines zones, conditions plus strictes.
En 2026, la question n’est plus “quel est mon rendement ?” mais “où est localisé mon rendement ?”. Les investisseurs qui intègrent l’adaptation, la résilience et la préparation aux catastrophes permettent de protéger la valeur. Les entreprises positionnées sur la prévention, l’ingénierie climatique, la reconstruction rapide ou la protection côtière affichent déjà des performances boursières supérieures.
4. Réglementation : moins de greenwashing, plus de risques
En 2026, la réglementation climatique change d’échelle, notamment au niveau des banques centrales. Depuis trop longtemps vu comme un fardeau de reporting, ou, au mieux un outil marketing, le climat s’inscrit désormais comme un risque systémique pour nos équilibres économiques. En Europe notamment, la Banque centrale européenne (BCE), a averti que les catastrophes naturelles liées au climat pourraient entraîner une réévaluation des prêts et des titres détenus par les institutions financières dans les zones à haut risque3.
Au niveau des produits financiers, l’évolution attendue du règlement SFDR4 s’inscrit dans cette logique de maturité. C’est la fin de l’ambiguïté autour des catégories « Article 8 » / « Article 9 » relevant des sociétés de gestion au profit de catégories plus lisibles, exigeantes et intégrant exclusions, impacts négatifs et – enfin – une reconnaissance claire de la finance à impact5.
5. Économie circulaire : la revanche du recyclage stratégique
Autre tendance lourde pour 2026 : la circularité sort du discours pour entrer dans la géopolitique. L’Europe a compris que la transition énergétique dépend autant des métaux que des mégawatts avec notamment son RESourceEU Action Plan6. Cuivre, aluminium, fertilisants : la bataille se joue désormais sur la sécurisation des chaînes de valeur, le recyclage domestique et la réutilisation des matériaux critiques. Les nouvelles règles européennes sur les déchets, les exportations et les contenus recyclés souhaitent redessiner des marchés entiers.
6. Marchés carbone : 2026, l’année de vérité
Enfin, 2026 sera une année charnière pour les marchés carbone. Après des années de débats, l’ère de la mise en œuvre commence. L’article 6 de l’Accord de Paris avance vers des marchés plus structurés, plus surveillés, plus crédibles7. Les « marchés carbone » obligatoires et volontaires sont des outils de lutte contre le changement climatique, reposant sur la logique du « pollueur-payeur ». Les entreprises émettant des gaz à effet de serre payent afin de pouvoir polluer et sont donc incitées à réduire leurs émissions en décarbonant leur appareil de production8.
Conclusion : la durabilité entre dans l’âge adulte
En 2026, l’investissement durable n’est plus un supplément d’âme. C’est un prisme d’analyse du risque, de la croissance et de la souveraineté économique.
Moins consensuel, parfois inconfortable, souvent plus technique… mais infiniment plus crédible. Pour l’investisseur privé, le message est simple : la durabilité n’est plus un pari moral. C’est une lecture lucide du monde tel qu’il est, pas tel qu’on aimerait qu’il soit.
Et dans un monde instable, la lucidité reste le meilleur actif.
1https://www.lazard.com/media/uounhon4/lazards-lcoeplus-june-2025.pdf
2https://pwm.oddo-bhf.com/fr/lenergie-au-service-de-lia-regards-croises-entre-experts/ 3https://www.ecb.europa.eu/press/financial-stability-publications/fsr/special/html/ecb.fsrart202105_02~d05518fc6b.en.html
4L’Union Européenne a publié un règlement qui vise à promouvoir et renforcer la transparence des acteurs financiers dans la prise en compte des critères ESG. Baptisé SFDR, ce règlement a pour objectif de favoriser le développement durable et de protéger les investisseurs contre le « greenwashing ». Afin de permettre aux investisseurs de comparer et de choisir les produits qui correspondent le mieux à leurs préférences, 3 niveaux de prise en compte de critères de durabilité ont été instaurés. Article 6 : aucune prise en compte de caractéristiques environnementales et/ou sociales. Les placements dits «Article 6 » n’ont pas d’objectif d’investissement durable et ne déclarent pas prendre en compte les critères ESG. Ce sont tous les autres placements qui ne sont ni «Article 8 » ni «Article 9 ». Article 8 : promotion de caractéristiques environnementales et/ou sociales. Les placements dits «Article 8 » font la promotion de critères sociaux et/ou environnementaux dans leur processus d’investissement (pour autant que les sociétés appliquent des pratiques de bonne gouvernance). Les placements dits «Article 9 » ont pour objectif l’investissement durable dans une activité économique qui contribue à un objectif environnemental ou social, sans causer de préjudice à un autre objectif, et dans des sociétés qui appliquent des pratiques de bonne gouvernance. Si un placement peut être composé de 0 % à 100% d’investissements durables, un placement «Article 9 » ne devra réaliser que des investissements durables.
5ODDO BHF Securities, « SFDR 2.0 : une promesse de clarté, mêlant simplification et ambition »
6https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/qanda_25_2886
7https://pwm.oddo-bhf.com/fr/marches-de-carbone-de-quoi-sagit-il/
8https://pwm.oddo-bhf.com/fr/marches-de-carbone-de-quoi-sagit-il/
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