Frappe américaine au Venezuela : l’impact marché devrait rester limité

Investissement
01.04.2026
4 Minutes

L’intervention militaire américaine au Venezuela, ainsi que la capture du président Nicolás Maduro et de son épouse le 3 janvier 2026, a provoqué une réaction surprenante sur les marchés pétroliers. Alors que les crises mondiales et l’incertitude politique génèrent typiquement une hausse des prix, dans le cas présent on observe le phénomène contraire : en début de semaine, le prix du Brent de la mer du Nord a chuté à environ 60 dollars le baril (159 litres environ) et celui du West Texas Intermediate (WTI), la référence américaine, est passé sous la barre des 58 dollars. Cette réaction résulte de l’anticipation d’une levée des sanctions sur l’industrie pétrolière du Venezuela et d’une probable intensification de l’excédent d’offre sur les marchés mondiaux. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que l’excédent pourrait atteindre environ 2 millions de barils par jour en 2026.

Cette offre excédentaire a déjà eu pour conséquence une baisse de 19% du prix du Brent au cours des douze derniers mois. La surproduction pétrolière avait légèrement diminué dans les mois précédant l’intervention américaine. En novembre, l’offre mondiale a enregistré une baisse de 610 000 barils par jour, continuant le déclin amorcé depuis le pic de 109 millions de barils par jour atteint en septembre, pour s’établir à 1,5 million de barils par jour. Selon l’AIE, cette baisse a pour cause principale les sanctions contre la Russie et le Venezuela. « Les marchés pétroliers semblent bien approvisionnés à court terme, grâce à cinq pays des Amériques : les États-Unis, le Canada, le Guyana, le Brésil et l’Argentine », selon le « World Energy Outlook 2025 » publié par l’AIE en novembre 2025. L’AIE précise toutefois que, pour préserver l’équilibre du marché, environ 25 millions de barils par jour supplémentaires seront nécessaires au cours des dix prochaines années.

On peut désormais envisager le retour d’au moins un grand pays producteur sur le marché mondial du pétrole. Environ un million de barils sont par jour sont sortis des puits vénézuéliens en octobre 2025 et un peu moins en novembre 2025. Bien que cette production ne représente qu’environ 3,5 % de la production totale de l’OPEP et reste nettement inférieure aux 3,5 millions de barils par jour atteints à la fin des années 1990 (contre 0,9 million de barils par jour en 2024), l’importance du Venezuela réside surtout dans ses vastes réserves, estimées à 303 milliards de barils, soit près de 17 % des réserves mondiales prouvées et supérieures à celles de l’Arabie saoudite (267 milliards de barils).

Maduro a été élu président pour la première fois en 2013, dans un contexte marqué par des accusations de fraude électorale, et sa réélection en 2019 a de nouveau été contestée par une partie de la communauté internationale pour la même raison. Les Nations Unies ont également accusé le régime Maduro de crimes contre l’humanité. Depuis 2019, les États-Unis imposent des sanctions contre le Venezuela, notamment un embargo sur les transactions avec PDVSA, la compagnie pétrolière nationale, et menacent de sanctions secondaires les entreprises étrangères qui traitent avec PDVSA. Ces sanctions ont interrompu les exportations vers plusieurs marchés, notamment l’Inde et l’Union européenne, ainsi que l’importation des diluants nécessaires au raffinage du pétrole brut lourd produit par le Venezuela. La Chine est actuellement le principal acheteur de pétrole vénézuélien. Par ailleurs, l’interruption des exportations vers Cuba pourrait menacer la capacité de cette dernière à se fournir en carburant.

L’impact de l’intervention militaire américaine au Venezuela sur l’équilibre des pouvoirs au niveau mondial suscite actuellement un vif débat et semble donner raison à ceux qui critiquent l’imprévisibilité de la politique de Trump. Elle confirme également que le contrôle des ressources naturelles et un axe central de la politique étrangère du président américain. La question principale est de savoir si la Russie et la Chine réagiront et, le cas échéant, comment. En intervenant au Venezuela, Trump vise sans doute également à contrer les ambitions chinoises dans le pays. Il est peu probable que Pékin laisse passer cette situation sans réagir.

La perspective d’un retour des compagnies pétrolières américaines au Venezuela représente un enjeu économique important de taille. Riche en soufre, le brut lourd vénézuélien est dense et visqueux, évoquant un goudron semi-solide, bien loin des hydrocarbures liquides et clairs extraits des gisements de schiste américains du Green River dans l’Utah, le Colorado et le Wyoming. De ce fait, le pétrole vénézuélien est plus difficile à extraire et à transformer en essence, diesel, kérosène ou matières premières pour l’industrie chimique. Cependant, de nombreuses raffineries américaines sont déjà équipées pour ce type de transformation ; elles importent actuellement du pétrole brut lourd canadien via des oléoducs et détiennent des options sur des gisements en Colombie et au Mexique. Ces raffineries emploient seulement 80 000 personnes environ sur le sol américain, mais elles comptent parmi les entreprises les plus dynamiques en termes de création d’emplois indirects.

Les États-Unis, qui figurent parmi les plus grands exportateurs mondiaux de pétrole, pourraient redevenir un importateur majeur du brut vénézuélien. Un accès à ces gisements à des prix compétitifs pourrait être déterminant pour garantir les besoins énergétiques des États-Unis dans le cadre d’une réindustrialisation de leur économie. Par ailleurs des sources d’énergie fiables, peu coûteuses et durables sont essentielles pour un pays en pleine transition numérique et pour soutenir le développement de l’intelligence artificielle (IA). En effet, les centres de données, indispensables au stockage et à l’analyse des données numérique utilisées par les modèles d’IA, sont extrêmement énergivores. La reprise de la production pétrolière au Venezuela permettrait ainsi au président américain de poursuivre, à moyen terme, sa politique énergétique axée sur les combustibles fossiles plutôt que les énergies renouvelables. Toutefois, rebâtir une industrie pétrolière performante au Venezuela devrait prendre une bonne dizaine d’années, voire plus, et nécessiter des investissements colossaux, se chiffrant en dizaines de milliards de dollars, ainsi qu’un transfert massif de technologies.

À la suite de l’intervention militaire américaine, la situation internationale suscite de vifs débats. Son impact direct sur les marchés financiers devrait toutefois rester limité. En revanche, si une nouvelle frappe américaine devait survenir, dont les conséquences demeurent incertaines, une phase de volatilité accrue pourrait affecter les marchés.

Dans ce contexte, la prudence reste de mise, avec une surveillance accrue des indicateurs économiques et des tensions géopolitiques.

Source : ODDO BHF Banque Privée Allemagne. Données au 09/01/2026

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