30 jours, 30 nuits
30 jours et 30 nuits que les marchés évoluent au rythme d’un conflit dont l’issue reste incertaine, mais dont les effets deviennent, eux, de plus en plus tangibles. Ce qui pouvait apparaître comme un choc ponctuel s’installe progressivement comme un facteur structurant : sur les prix de l’énergie, sur les chaînes d’approvisionnement et sur les anticipations économiques. Pour autant, une question demeure : les marchés ont-ils réellement pris la mesure de ce changement de régime ?
Un conflit qui s’inscrit dans le temps
Les anticipations ont nettement évolué. La normalisation du trafic dans le détroit d’Ormuz n’est plus qu’un lointain espoir, tandis que les scénarios de résolution rapide du conflit ont quasiment disparu. Le signal est clair : le marché anticipe désormais un conflit durable. Cette perception se reflète dans les prix du pétrole, en forte hausse, tant sur le marché au comptant que sur les échéances futures. L’écart entre le prix spot et celui à 12 mois atteint des niveaux supérieurs à ceux observés lors de la guerre en Ukraine, traduisant une tension appelée à durer. Au-delà de l’énergie, les enjeux sont plus larges. Certaines matières premières clés — engrais, hélium, acide sulfurique — transitent par cette zone à hauteur de 30 % à 40 % de la production mondiale, faisant peser un risque direct sur les chaînes d’approvisionnement de nombreux secteurs allant de l’Industrie aux Semi-Conducteurs, en passant par les Matériaux de Construction ou encore la Consommation Discrétionnaire.
Des marchés encore en phase d’ajustement
Malgré ce contexte, les flux vers les actions restent globalement positifs. Autrement dit, les investisseurs n’ont pas opéré de repositionnement massif à ce stade. Ce constat traduit moins un déni qu’une incertitude sur la manière d’interpréter le choc actuel. Plusieurs éléments illustrent ce décalage entre réalité économique et constat boursier. L’Europe a ainsi davantage souffert que les marchés émergents, pourtant plus exposés au choc énergétique. Les obligations d’État américaines attirent quant à elles des flux sans que cela ne se traduise par une détente des taux. Ces dynamiques suggèrent que les marchés ont commencé à intégrer le choc, mais que l’ensemble de ses conséquences économiques reste encore en cours d’évaluation.
Une dynamique macroéconomique qui se dégrade
Les premiers indicateurs confirment une évolution contrastée. Le secteur manufacturier résiste en anticipation de la potentielle rupture des chaînes d’approvisionnement. Mais ce soutien est fragile, alors que les délais de livraison s’allongent déjà. À l’inverse, le secteur des Services montre des signes de ralentissement plus nets, sous l’effet de l’incertitude et du durcissement des conditions financières. Dans le même temps, les pressions inflationnistes s’intensifient. En conséquence, les banques centrales ont commencé à réviser leurs anticipations : moins de croissance, plus d’inflation pour 2026 et 2027. Ce double mouvement fait émerger un risque désormais tangible : celui d’un environnement de stagflation, même si ce n’est toujours pas notre scénario central. Le risque de récession, sans être non plus notre scénario central, remonte également : estimé à environ 12 % par les marchés, 25 % par les économistes et jusqu’à 36 % selon certains indicateurs alternatifs. Des actifs risqués sous pression
En Europe, un seul secteur reste en territoire positif depuis le début du conflit : l’énergie. À l’inverse, l’immobilier, l’industrie et la consommation discrétionnaire reculent nettement avec des baisses supérieures à 10%. Mais au-delà de la correction boursière déjà engagée, le sujet devient structurel pour le marché boursier européen : des valorisations élevées (avec et hors financières), une accélération de la révision à la baisse des bénéfices 2026, et de sérieux doutes sur la mise en œuvre rapide du plan de relance allemand. Nous ne serions ainsi pas surpris de voir une croissance des bénéfices par action 2026 à nouveau proche de 0 pour la quatrième année consécutive. Le crédit euro n’offre pas davantage de confort. La hausse des rendements reste insuffisante pour compenser la remontée des anticipations d’inflation. Le portage apparent, séduisant facialement, ne reflète quant à lui pas encore pleinement le risque.
Aux Etats-Unis, les marchés semblent avoir déjà intégré une part plus importante de la correction. En revanche, la hausse des taux longs demeure un point de vigilance. Dans ce contexte, le dollar s’est imposé comme le principal actif de couverture à court-terme, confirmant son rôle dans les phases d’aversion au risque.
Sommes-nous dans un scénario à la 2000, à la 2008, ou à la 2022 ?
La situation actuelle ne se superpose à aucun épisode passé. Elle combine certains traits de différentes crises, sans en reproduire les excès selon nous. Scénario à la 2022 (choc inflationniste) : le point de départ de l’inflation (post covid) n’a rien à voir, et la trajectoire est également bien différente, sans compter une hausse du prix des matières premières incomparable à l’explosion rencontrée en 2022. Scénario à la 2000 (explosion de la bulle technologique) : cette peur d’une explosion de bulle de la technologique n’est pas nouvelle. Néanmoins, notre conviction reste la même : La valorisation du secteur technologique est élevée mais pour de bonnes raisons et sur des niveaux sans commune mesure avec les précédentes bulles. Les retours sur capitaux investis restent élevés. Les bilans sont sains. Et nous n’avons pas encore connu l’hystérie habituelle pré-explosion d’une bulle. Scénario à la 2008 (Grande Crise Financière) : nous considérons ce scénario, né des craintes sur le crédit privé aux US, comme le moins crédible. L’industrie du Private Credit ne pèse que 4% des crédit totaux aux US pour un montant total inférieur à 1500 milliards de dollars contre presque 15000 milliards pour les prêts hypothécaires en 2007. L’aspect systémique du crédit privé (majoritairement logé hors bilan bancaire) est donc pour le moment plus que contestable.
Conclusion : 40 jours, 40 nuits ?
30 jours. Encore 10 jours et 10 nuits pour atteindre 40 jours. Après 40 jours, ce conflit change de nature. Nous ne serions plus dans un choc ponctuel mais dans une nouvelle normalité, que le marché devrait repricer entièrement. Le sujet aujourd’hui n’est donc plus l’événement du conflit US-Iran, mais le régime qui s’installe : inflation plus persistante, croissance plus fragile, conditions financières plus exigeantes. Dans ce contexte, vouloir aller vite est souvent une erreur. Les marchés corrigent rarement en une seule fois ce qu’ils mettent du temps à comprendre.
Source : ODDO BHF, BCA Research. Données au 26/03/2026
Source : ODDO BHF, Bloomberg. Données au 26/03/2026
Source : ODDO BHF, Société Générale. Données au 25/03/2026
Source : ODDO BHF, Société Générale. Données au 27/03/2026
Source : ODDO BHF, Morgan Stanley. Données au 27/03/2026
Source : ODDO BHF, BCA Research, Morgan Stanley. Données au 27/03/2026
Source : ODDO BHF, BCA Research, Barclays. Données au 25/03/2026
Source : ODDO BHF, Goldman Sachs. Données au 27/03/2026
Source : ODDO BHF, Deutsche Bank. Données au 27/03/2026
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